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Entretien avec Alberto Entrerrios

Alberto Entrerrios, El Señor, a pris sa retraite depuis peu et il a accepté de nous accorder une interview. Toujours humble et avenant, il délivre son point de vue sur ses saisons à Nantes, il nous parle de son avenir et de ses coéquipiers.
Pour commencer, nous allons parler de la saison qui vient de finir. Vous avez fini votre carrière de handballeur en tant que joueur avec une roucoulette devant vos parents : qu’est-ce que ça vous fait d’avoir été fêté ainsi à la Trocardière dans un pays qui n’est pas le vôtre ?
Oui c’était très spécial pour moi. C’est toujours spécial quand tu finis une carrière et c’est toujours quelque chose d’important. A la Trocardière, tout le monde était avec moi et j’étais fier de tout ça. C’était vraiment magnifique.
Qu’avez-vous pensé de l’hommage vidéo avec tous vos anciens coéquipiers ?
C’était super, très émouvant. Je remercie tout le monde, parce que, franchement, je crois que personne ne mérite tout ça. Cela m’a fait très plaisir.
On va parler un peu de votre défense. La défense du HBCNantes a été cette année la meilleure du championnat cette année mais contre certaines équipes, comme Göppingen en finale de l’EHF ou même Saint Raphaël qui ont des grands gabarits, ne pensez-vous pas que vous ayez un peu manqué de taille sur la base arrière ?
Peut être oui, mais notre défense n’a pas vraiment besoin de taille. C’est une défense écartée, c’est une défense plutôt individuelle. C’est étagé, on va dire. Parfois ça marche bien et parfois ça marche moins bien, c’est normal. Parfois, c’est un peu le style de l’équipe adverse qui nous convient, ça dépend.
Et Göppingen était donc une équipe qui vous convenait moins ?
Oui, mais on avait joué Göppingen une autre fois en poule et ça avait bien marché. La 3-2-1, même la 0-6… Peut être qu’ils se sont adaptés un peu à la défense qu’on avait faite. Et de toute façon, je pense que notre problème contre Göppingen, c’était plutôt l’attaque.
Et un peu de stress, non ?
Oui peut être, le début de match n’était pas bon et après, ça nous a stressé un peu, peut-être. On a essayé, mais le match était vraiment facile pour Göppingen.
Vous avez aidé Nicolas Tournat à lancer sa carrière lorsqu’il était jeune sortant du centre de formation, après avoir été Champion de France avec les Moins de 21, il joue aujourd’hui en Equipe de France A. Qu’en pensez-vous ?
Bien sûr, c’est un joueur avec un devenir énorme. C’est vraiment un joueur qui a la taille au poste pivot ; il a les bonnes mains, il prend tous les ballons. C’est incroyable, tu lui jettes comme ça et il le prend et il marque le but ! C’est vraiment merveilleux ! Il faut qu’il améliore un peu l’aspect physique, parce que c’est vrai que s’il joue en attaque et en défense, il accuse un peu le coup. En attaque, il est très bon, il faut qu’il améliore un peu la défense et le repli. C’est souvent compliqué pour les joueurs de cette taille-là, c’est normal, ils sont grands et donc un peu lourds.
Vous êtes surnommé « papy » dans l’équipe. Est-ce que vous avez essayé cette saison de transmettre votre expérience aux jeunes, comme Romain Lagarde qui est lui aussi très jeune ?
En fait, je n’ai pas essayé de transmettre quelque chose de spécial. J’essayais juste de jouer comme je sais jouer. C’est vrai qu’à l’entraînement, parfois il y a des choses qu’on voit alors que le joueur, lui, ne le voit pas, c’est normal. Ce n’est pas une idée que j’avais avant de commencer la saison ; je ne me suis pas dit « voilà je vais essayer de parler aux jeunes », non. Mais c’est vrai qu’il y a parfois des moments où on peut donner quelques conseils, notamment par rapport au jeu d’attaque.
Ce n’est pas quelque chose à quoi vous pensez mais c’est naturel…
Oui, ça vient comme ça et en fait ça arrive souvent quand on fait les combinaisons ; là, il faut se placer très loin et parfois il y a des joueurs qui ne se placent pas bien parce qu’ils ne connaissent pas les combinaisons, mais ce n’est pas par rapport à l’expérience ou à l’âge mais par rapport aux connaissances du mouvement.  
Parlons maintenant un peu de votre personnalité. Vous êtes un des meilleurs joueurs de l’histoire du handball, vous êtes une inspiration pour beaucoup de jeunes, est-ce que vous aviez un modèle vous quand vous étiez jeune, que ce soit un handballeur ou pas ?
Bon, j’ai toujours bien aimé les joueurs qui jouent collectivement. Par exemple, j’ai toujours aimé Jackson Richardson. C’est un style de joueur qui fait toujours tout pour les autres, qui essaie de trouver dans tous les moments la meilleure solution ; mais c’est vrai que je n’aime pas beaucoup les joueurs étiquetés comme leader ou comme celui qui marque les buts toujours au moment. Je n’ai jamais aimé ça, parce que je trouve que c’est un sport d’équipe et ce n’est pas une bonne chose de donner tout le crédit à un seul joueur.
Quand vous êtes arrivé à Nantes, vous portiez le numéro 8 et maintenant vous avez fini avec le numéro 2 - vous l’avez aussi en sélection espagnole -, est-ce que c’est un numéro qui compte pour vous ?
Oui, ça a toujours été mon numéro depuis tout petit mais je ne me souviens pas comment je l’ai choisi. J’ai commencé le handball, j’ai pris le 2 et après ça variait selon les situations. Quand j’ai changé de numéro, c’était parce qu’il n’était pas disponible. En équipe nationale, j’ai commencé avec le 17, je crois, mais c’était parce qu’il y avait pas le 2 ! Je suis allé après au Barça et il n’y avait pas le 2, il était retiré donc j’ai pris le 22. Je suis arrivé à Ciudad Real et le 22 et le 2 étaient pris, donc j’ai pris le 24 et j’ai joué avec pendant 10 ans, j’ai eu la possibilité de changer mais je n’ai pas voulu, je n’aime pas beaucoup changer, c’était un peu dur cette histoire ! A Nantes, les joueurs professionnels ont les numéros de 1 à 20. O’Brian m’avait dit qu’il aimait bien le 8 donc je lui ai laissé pour prendre le 2.
Est-ce que ça vous plairait d’avoir votre maillot retiré à Nantes comme ça se fait au Barça ?
Non, je n’aime pas ça. Je trouve qu’un club, c’est beaucoup plus grand qu’un seul joueur. C’est bien de donner de l’importance à chacun, entre nous, mais je crois que c’était déjà hyper bien, l’hommage qu’il y a eu.
Vous avez un état d’esprit irréprochable, vous ne contestez jamais les décisions des arbitres, comment faites-vous pour rester calme comme ça ?
Non, parfois je me suis énervé. Ce que je n’ai jamais aimé c’est quand je prends un coup et que l’arbitre ne siffle pas. Ca, je n’aime pas, c’est normal. Mais je ne m’énerve pas s’il y a un contact fort et que l’arbitre siffle. Ca fait partie du jeu mais il faut essayer d’éviter de s’énerver, c’est bien mieux pour l’équipe.
En 2013, vous arrivez en Loire-Atlantique, pourquoi avez- vous choisi Nantes comme club, alors que vous saviez que ça allait être le dernier club de votre carrière ?
J’ai eu trois, quatre propositions ; c’était vraiment la meilleure.
Aussi pour le public ou parce qu’il y avait déjà des joueurs espagnols ?
Je ne connaissais pas beaucoup la ville de Nantes ni le public, mais je connaissais un peu quelques joueurs qui m’ont parlé en bien du club ; et après c’est la France ! C’est un pays où tout se passe bien, on y est en sécurité. J’ai eu davantage confiance ; je savais que ça allait bien marcher.
Quel est votre meilleur souvenir à Nantes ?
Au niveau sportif, le titre qu’on a gagné l’année dernière. C’était bien, c’était un beau souvenir parce qu’on l’avait cherché depuis que j’étais arrivé, un titre c’est toujours spécial. Après, en général, c’était la première année, quand je suis arrivé pile à la préparation : on était allé à Mûr de Bretagne pour faire la prépa et je n’avais jamais eu une préparation comme ça. La préparation que j’avais faite en Espagne,        nous étions à la montagne et c’était hyper dur ; c’était « course-muscu-course-muscu », mais il n’y avait pas de détente. A Mûr de Bretagne, même si on a beaucoup bossé, c’était détente, c’était bien, il y avait de la bonne humeur et on s’est bien amusé.
On va parler un peu des relations que vous avez avec vos coéquipiers. On sait qu’il y a beaucoup d’étrangers à Nantes, cette saison par exemple il y avait un Russe, un Croate, en quelle langue parlez-vous ? En espagnol avec les espagnols ? En français ?
Avec les espagnols, on parle espagnol bien évidemment, mais on essaye aussi de parler en français. C’est vrai qu’il y a des joueurs qui sont arrivés au mois de janvier comme Sime Ivic ou Bundalo. Il y avait des joueurs qui ne parlaient pas le français, c’est compliqué. C’est important de maitriser la langue car on a besoin de communiquer vite.
Lors des déplacements, vous partagiez votre chambre avec qui ?
Avec Matias Schulz mais depuis cette année seulement, j’ai changé. J’étais avec Borja Fernandez la première année et puis avec Javi Garci, en fait presque tout le monde est passé dans ma chambre !
Je vais vous donner les noms de 3 coéquipiers et vous allez dire un mot qui les caractérise :
Rock Felhio : leader spirituel de l’équipe…
Nicolas Claire : de la qualité.
Jorge Maqueda : la folie !!
On va parler un peu de votre futur. Est-ce que vous avez déjà commencé à passer vos diplômes d’entraîneur ?
Oui, j’espère passer le 2ème cycle cette année en Espagne et après j’aurai fini pour avoir les diplômes d’entraîneur en Espagne ; et avec ces diplômes-là, je peux entraîner n’importe où en Europe, sauf en France. Je crois que l’équivalence ici c’est un niveau 4, il faut passer après quelque chose d’équivalent.
Ça vous intéresse le coaching ?
Oui ça m’intéresse un peu, mais c’est surtout le handball qui m’intéresse, je trouve que ça peut beaucoup m’apporter de coacher.
Cela fait longtemps que vos étés sont pris par la préparation physique, vous avez déjà prévu ce que vous allez faire cet été ?
Non, mais normalement on rentre en Espagne, on a de la famille là-bas et après j’ai 3 semaines de formation à Madrid, c’est un peu chargé. Je n’ai pas beaucoup de temps libre.
Il ne faudra pas oublier d’aller voir Jorge Maqueda parce qu’il vous a donné rendez-vous dans la vidéo hommage.
On va se retrouver…
Une dernière question, on a souvent vu votre fils dans les tribunes, Adrian, est-ce qu’il joue au HBCNantes ?
Il joue avec les petits, les – de 10 ans du HBCNantes.
Vous pensez que c’est le futur prodige de la famille ?
Ca, on ne sait jamais, mais pour l’instant, le plus important, c’est qu’il adore le handball mais aussi être avec les copains. J’adore ça, parce que je vois qu’il s’amuse, peu importe qu’il gagne ou qu’il perde, c’est l’équipe qu’il adore. Etre avec ses copains, c’est plus important ça ! Gagner des matchs, ça viendra plus tard…
 
Je remercie infiniment le HBCNantes pour m’avoir permis de réaliser cet entretien, je tiens aussi à remercier M. Alberto Entrerrios pour sa gentillesse et sa disponibilité.